Antoine de Rieux, enfant de Rethondes

En dépouillant les registres de l'état civil de la commune dont certains actes remontent au début du XVII ème siècle, on rencontre, à plusieurs reprises, une demoiselle : Isabelle de Sermaize dont les filleuls, s'ils sont garçons s'appellent Antoine, du nom de son père, ou Isabelle si ce sont des filles. Qui sont ces de Sermaize? Antoine, le père d'Isabelle, paraît être le frère d'Hélène qui fut l'épouse d'Antoine de Rieux, Capitaine de la Ligue et célèbre à son époque.

A la fin du XVI ème siècle, les Rieux tiennent la maison forte de Rethondes. L'histoire veut que le grand-père soit maréchal-ferrant, certains disent qu'il était laboureur.

En cette période, la France est très partagée entre catholiques et protestants : d'un côté, la Ligue, confédération catholique fondée par le duc de Guise en 1576 pour défendre la religion contre les protestants et par contrecoup, renverser Henri III et se placer, étant chef des Ligueurs, sur le trône de France et, de l'autre côté, les Royalistes. Henri IV, en abjurant le calvinisme mit fin à la Ligue.

Qui est Roi de France à cette époque? Henri III(1551-1589). Il succède à Charles IX en 1574. Le royaume est partagé entre les protestants d'Henri de Navarre (futur Henri IV) et les catholiques du Duc de Guise. En 1588, il convoque à Blois les Etats Généraux et fait assassiner Henri de Guise, l'un des instigateurs de la Saint Barthélémy et son frère, le Cardinal Louis de Lorraine. Henri III meurt assassiné en 1589.

Henri IV(1553-1610), beau-frère du précédent, fondateur de la dynastie des Bourbons. Roi de Navarre, il doit reconquérir le Royaume de France. Il abjure le protestantisme en 1593 et se fait sacrer Roi à Chartres en 1594. Les Parisiens sont tout heureux d'accueillir leur nouveau Roi. Il rétablit la paix religieuse par l'Edit de Nantes en 1598. Il est assassiné par Ravaillac en 1610.

L'Eglise et les Papes : Grégoire XIII, surtout connu par la réforme du calendrier, appelé depuis calendrier grégorien, adopté par la France en 1582. En 1584, il approuve les plans de la Ligue, mais ne fait rien, sinon distribuer des Indulgences.

Sixte V 1590 n'approuve pas la Ligue, mais publie une bulle le 10-09-1585 où il excommunie le Roi de Navarre et le Prince de Condé qui protestent. Grégoire XIV, lui, se déclare pour le parti de la Ligue contre Henri IV, mais les évêques de France assemblés à Chartres déclarent nulles et dépourvues de justice les bulles de ce pape. Il meurt en 1591. Clément VIII 1605.En 1592, au début de son pontificat, il se laisse tromper par les Espagnols et les Ligueurs au sujet des troubles en France, mais il change de dispositions à l'égard d'Henri IV et lui accorde l'absolution en 1595.

De Rieux, dans ce contexte, avait beaucoup de bonnes raisons d'être ligueur :

  • Depuis le traité de Nemours (07-07-1585), Soissons, dont Rethondes dépendait(Eglise, Administration…) avait été cédé aux Guise et ainsi voué à la révolte. Par contre, Compiègne reste toujours Royaliste.
  • Les Etats Généraux de Blois et assassinat du Duc de Guise.
  • Son père vient de se faire tuer pour la Ligue devant Orléans
  • L'Eglise a excommunié Henri de Navarre.
  • Il veut en découdre, comme on dit maintenant.

Messieurs Graves et Caillette de l'Hervilliers dans leurs textes, un peu différents, mais cependant complémentaires, nous racontent la suite.

Le château de Pierrefonds fut occupé à la fin de 1588 par les ligueurs. Le commandant Nicolas Esmangart (qualifié Ecuyer, Seigneur du fief de Bournonville, assis à Fontenoy-les-Pierrefonds, démembrement Octobre 1573), s'étant retiré avant l'attaque.

Antoine de Saint Chamant devint capitaine pour la Ligue de Pierrefonds et de la Ferté-Milon ; il demeure dans ce fort et plaça dans l'autre comme son Lieutenant, un partisan nommé Rieux, petit-fils d'un maréchal-ferrant de Rethondes. Celui-ci accepta l'emploi pour lequel il ne demanda ni argent ni soldats mais seulement la permission de vivre aux dépens des royalistes et de recruter sa troupe ainsi qu'il l'entendrait. Il se forme donc une armée composée d'hommes capables de tous les crimes par l'espérance du butin et de l'impunité. Ainsi organisé, Rieux orchestre ses rapines à 5 lieues à la ronde, détroussant les passants, les convois, coupant les communications, couvrant le pays de brigandages et d'assassinats. Rieux, en prenant Pierrefonds, s'attribue la noblesse, prend le titre de Comte et Seigneur de Pierrefonds, ainsi qu'on le voit dans un manuscrit de la bibliothèque de Senlis : "Ordonnances et statuts du noble château de Pierrefonds, lesquels ont été rédigés et compilés par le commandement du très illustre, très magnifique, très haut et très puissant Seigneur, Monseigneur de Rieux, comte et châtelain de Pierrefonds". On a dit de lui : "Il unissait le courage du soldat, l'habileté du capitaine, la forfanterie du gascon et la cruauté du chef de bandits".

Henri IV envoya au mois de mars 1591 le Duc d'Epernon pour réduire le Château. Celui-ci, honteux d'un pareil adversaire, négligea les opérations et dirigea mal des batteries. Le canon de Rieux fit taire promptement le sien et une blessure l'obligea de lever le siège. Il fut blessé d'une arquebuse qui lui perça la joue, lui abattit quelques dents, la balle étant sortie en dessous du menton.

Ce succès porta à son comble l'audace de Rieux : ne se bornant plus à la vie de partisan, il aida les Ligueurs partout où l'on réclamait son secours. Ainsi, il parvint avec 1000 hommes à entrer dans la ville de Noyon (500 cavaliers : la vieille chronique les appelle "maîtres" accompagnés chacun d'un mousquetaire en croupe), investie par Henri IV, ce qui prolongea le siège de 21 jours. Noyon fut prise le 17-08-1591. Le Roi refuse de comprendre Rieux dans la capitalisation, mais il vint à bout de se sauver la nuit par-dessus les murailles et regagner Pierrefonds où il recommença le cours de ses dégradations.

Le Roi détacha alors contre Rieux le Maréchal de Biron avec un train de grosse artillerie. Cette nouvelle attaque dure 15 jours sans succès. On rapporte que sur 800 coups de canon tirés par l'armée royale, cinq seulement touchèrent les tours. Et Biron écrivait : "Mais la muraille est de si bonne étoffe et si épaisse que tout ce qui fut tiré ne fit pas beaucoup d'effet". Rieux démontait les batteries après leur premier feu. Le maréchal ayant perdu beaucoup de monde décampa au mois de septembre 1591, ayant pris du retard sur les ordres donnés par Henri IV de venir à bout rapidement du château et d'aller au siège de Rouen.

Le partisan reste maître du pays pendant 15 mois. Par la Ligue à cette époque, il est nommé gouverneur de Laon. Il tente, en janvier 1593 d'enlever Henri IV qui, de Compiègne, voulait se rendre à Senlis, projet dont l'exécution déjà commencée, n'échoua que par un incident imprévu : un paysan passe par hasard à travers l'embuscade et raconte aux proches du Roi ce qu'il a vu. Et la Marquise de Monceaux, qui deviendra l'année suivante Duchesse de Beaufort, Gabrielle d'Estrées, convainc le Roi de prendre une autre route. Il échappe ainsi à l'embuscade, conduit par des gens de Compiègne qui connaissent bien la forêt.

Un mois plus tard, Rieux fut accueilli comme un chef distingué dans l'assemblée de la Ligue réunie à Paris sous le prétexte d'états généraux (ouverture fin janvier 1593) mais il touchait au terme de ses exploits. La garnison de Compiègne parvint à le saisir dans une embuscade, alors qu'il tentait de traverser la rivière pour venir à Rethondes, voir les siens. Il est jugé comme régicide. Miron, Maître des requêtes de l'Hôtel du Roi, le condamne à la peine de la hart (pendaison). Il est dégradé de sa noblesse. Il fait amende honorable au portail de l'église Saint Corneille. Il est pendu place de l'hôtel de ville et sa tête, fichée sur un poteau, est placée à la porte du Connétable ou porte Chapelle…C'était le 11, le 12 ou le 16-03-1594, les auteurs ne sont pas d'accord sur la date de sa mort.

Ses compagnons furent pris à Pierrefonds, on en pendit 80 à Compiègne et 11 à Senlis.

Sa femme, Hélène de Sermaize reçut de Henri IV des lettres de réhabilitation et put ainsi conserver Rethondes.

Bibliographie: 

- Histoire de Soissons, T. II, Claude Dormay
- Annuaire statistique et administratif du Département Oise (1840)
Canton d'Attichy, Ville de Pierrefonds, Graves.
- Souvenirs historiques et archéologiques de la forêt de Compiègne.
Caillette de l'Hervilliers.

Document de Jean-Charles Béjot

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